Ou au moins réfléchir avant de parler.

Pourquoi cette idée me trotte dans la tête depuis ce matin? Dans le Monde de lundi, on nous annonce, interview à l'appui, que Muriel ROBIN remonte sur scène. Et aussi qu'elle prépare un livre. Le titre de celui-ci: "C'est ça, va faire ton intéressante". Elle explique que cette phrase, c'est sa mère qui la lui a dite alors qu'elle était déjà très connue. Muriel ROBIN dit "Quel carnage cette phrase, j'ai voulu me tuer".

Ça m'a interpellé. J'ai repensé à ces phrases qui jalonnent nos vies, qui nous marquent.

Toutes proportions gardées (aucunes des choses que j'ai entendu, ne m'ont jamais donné envie de mourir), j'ai des exemples concrets qui me viennent à l'esprit de quelques mots qui te collent à la peau, qui se suspendent à tes basques telles des casseroles et pour peu que tu sois, comme moi, une éponge à forte mémoire, au bout d'un moment ça te fais une belle batterie à trimballer.

Je m'aperçois que ce sont des choses futiles, des mots que mon entourage a prononcé souvent sans arrière-pensée ou envie de blesser mais quand tu es enfant, ça crée un doute, ça fausse l'image que tu as de toi. Ma grand-mère maternelle m'appellait, affectueusement, "ma grosse dondon". Mon père me disait, bien moins affectueusement, qu'en plus d'être une fille, j'étais sacrément empotée et que j'étais bien la fille de ma mère. Ma mère trouvait qu'au même âge que moi (à l'adolescence), elle était vachement plus mince, meilleur en ... tout et que définitivement j'étais bien la fille de mon père. Tu auras compris que mes parents s'adoraient. Bref, j'ai longtemps cru (jusqu'à se que je rencontre celui qui depuis est devenu mon mari) que j'étais une grosse empotée malhabile de mes mains.

J'en ai entendu d'autres sur des enfants qui m'entouraient. Des choses plus graves, plus touchantes. Des conversation qui auraient dû rester entre adultes mais qui se faisaient devant les plus jeunes. Des parents disaient, entre le fromage et le dessert que leur progéniture n'était pas désirée, ou qui expliquait par le menu comment il trouvait leur gosse abruti et qu'il se demandait ce qu'ils allaient pouvoir en faire. Et chez nous, c'était pas Germinal. Ces gens là, c'étaient des employés, des cadres, etc... Imagines comment tu grandis en ayant entendu des choses pareilles. Personnellement, j'ai pas besoin d'imaginer. L'adolescence et le début de la vie d'adulte sont chaotiques et après tu te détaches de ce que tes parents pensent de toi et tu vis ta vie. Mieux.

Et aujourd'hui que je suis adulte et mère, j'en entends encore sur les enfants qui m'entourent. Et pire. Je crois bien que j'en dis.

Cette phrase là "C'est ça, va faire ton intéressante", elle m'a interpellé parce qu'elle m'a rappelé à quel point c'était douloureux d'être enfermée, à coup de petites phrases assassines, dans un rôle ou un état. Qui plus est, par ceux en qui tu devrais avoir confiance et qui ne devrais pas te juger.

À force de dire d'un enfant qu'il est affreux, de lui dire et bien je crois qu'on l'enferme dans ce rôle de gosse pénible. Quand je dis à ma fille qu'il faut qu'elle arrête de se donner des airs et bien j'ai peur de l'enfermer dans le rôle de l'ecervelée. Parce que finalement, dès qu'elle ouvre la bouche, je m'attends à ce qu'elle en fasse des caisses.

Bref. Être parent c'est se poser beaucoup beaucoup de questions.

A++